Apprendre › Stratégies de calcul mental
Calcul mental
Les stratégies de calcul mental qui marchent
Le calcul mental, ce n’est pas devenir une calculatrice humaine. C’est connaître une poignée de procédés fiables, qui transforment un calcul impressionnant en deux ou trois petits calculs bien plus abordables. Et noter une étape sur l’ardoise n’a rien d’une tricherie : à l’école, ce calcul à mi-chemin entre la tête et le papier s’appelle le « calcul en ligne ».
Ces procédés s’apprennent pas à pas. Du CP au CE2, les programmes demandent des séances quotidiennes de calcul mental et décrivent précisément les procédés à travailler dans chaque classe ; le programme du cycle 3 en ajoute d’autres au CM1 et au CM2, avec les grands nombres et les décimaux. Voici les dix que votre enfant rencontrera le plus souvent, avec les mots qu’emploient les enseignants et des exemples détaillés. Ils rendent les mêmes services aux adultes.
1. Passer par la dizaine
Pour 47 + 8, on coupe le 8 en deux morceaux : 3 pour arriver à 50, puis les 5 qui restent. 47 + 3 = 50, et 50 + 5 = 55. Compléter d’abord la dizaine est l’habitude la plus utile pour additionner, et c’est justement l’exemple que donne le programme de CP. Ce procédé repose sur les compléments à 10 : il faut savoir, sans compter, qu’il manque 3 à 7 pour faire 10.
Le procédé marche aussi pour soustraire, en descendant d’abord jusqu’à la dizaine : 53 − 6 = 53 − 3 − 3, soit 50 − 3 = 47.
2. Décomposer
On sépare les nombres en dizaines et en unités. Pour 47 + 28 : 40 + 20 = 60, puis 7 + 8 = 15, et 60 + 15 = 75. De tête, on commence par les dizaines, de gauche à droite, dans l’ordre où on lit le nombre ; c’est l’inverse de l’addition posée, qui commence par les unités. Sur l’ardoise, l’enfant peut écrire ces étapes en ligne pour ne pas perdre le fil.
Pour soustraire, mieux vaut ne décomposer que le second nombre : 72 − 35, c’est 72 − 30 = 42, puis 42 − 5 = 37. On évite ainsi l’erreur classique qui consiste à calculer « 5 − 2 » dans les unités, alors qu’il s’agit de 2 − 5.
3. Les presque-doubles
Les doubles se retiennent vite (6 + 6 = 12, 7 + 7 = 14), et ils dépannent pour les calculs voisins. 7 + 8, c’est le double de 7 plus 1, donc 15 ; ou le double de 8 moins 1, ce qui donne aussi 15. Avec de plus grands nombres, c’est pareil : 25 + 26 = 50 + 1 = 51, et 35 + 34 = 70 − 1 = 69. Une bonne raison d’apprendre les doubles par cœur, comme le demandent les programmes dès le CP.
4. Arrondir puis compenser
Ajouter 9, c’est ajouter 10 puis enlever 1 : 47 + 9 = 57 − 1 = 56. Ce procédé, au programme dès le CP, marche aussi avec 19, 29 ou 99 : 63 + 19 = 83 − 1 = 82, et 365 + 99 = 465 − 1 = 464. Pour soustraire, c’est l’inverse : on enlève 10, puis on rend 1. 52 − 9 = 42 + 1 = 43.
Au CM1, les élèves s’entraînent avec 8, 9, 18, 19, 28, 29, 38 et 39 ; au CM2, jusqu’à 98 et 99. Pour un nombre qui se termine par 8, on arrondit à la dizaine supérieure et on corrige de 2 : 46 + 28 = 46 + 30 − 2 = 76 − 2 = 74.
C’est aussi le procédé idéal pour les prix qui se terminent par 99 centimes. Un cahier à 2,99 € et une trousse à 4,99 €, c’est presque 3 € + 5 € = 8 €. Chaque article coûte 1 centime de moins, donc le total est de 8 € moins 2 centimes, soit 7,98 €.
Une erreur fréquente consiste à corriger dans le mauvais sens. Une question évite le piège : « J’ai ajouté trop ou pas assez ? » Si on a ajouté trop, on enlève ; si on a enlevé trop, on rajoute.
5. Avancer pour soustraire
Une soustraction, c’est aussi un écart entre deux nombres. Pour 62 − 38, au lieu d’enlever, on avance de 38 jusqu’à 62 : 2 pour arriver à 40, puis 22 pour arriver à 62. L’écart est de 2 + 22 = 24. C’est l’idée que les élèves rencontrent dès le CP, avec les calculs à trou : 62 − 38, c’est le nombre qui manque dans 38 + … = 62. Le procédé est imbattable quand les deux nombres sont proches : pour 1 003 − 997, il manque 3 pour aller à 1 000, puis encore 3 pour aller à 1 003. Le résultat est 6.
C’est aussi comme cela qu’on rend la monnaie, et c’est l’exemple que donne le programme de CE2. Pour un achat de 3,68 € payé avec un billet de 5 €, on part de 3,68 € : 32 centimes pour arriver à 4 €, puis 1 € pour arriver à 5 €. On rend 1,32 €.
Inutile de tout présenter d’un coup. Choisissez un procédé par semaine et cherchez-lui des occasions : au supermarché, en voiture, en mettant la table. Demandez à votre enfant d’expliquer à voix haute comment il a trouvé. Et s’il arrive au résultat par un autre chemin qui marche, dites-le-lui : en calcul mental, il y a presque toujours plusieurs bonnes façons de faire.
6. Doubles et moitiés
Pour prendre la moitié d’un nombre pair, on le décompose : la moitié de 46, c’est la moitié de 40 et la moitié de 6, soit 20 + 3 = 23. On l’apprend dès le CP. Pour la moitié de 78, on peut décomposer en 70 + 8 (35 + 4 = 39), ou mieux encore en 60 + 18, deux nombres dont on connaît la moitié par cœur (30 + 9 = 39).
Au CM2, on continue avec les nombres impairs et les décimaux : la moitié de 15 est 7,5, le double de 3,7 est 7,4, et la moitié de 9,6 est 4,8.
7. Multiplier par 10, 100 ou 1 000 : les chiffres changent de rang
Multiplier par 10, ce n’est pas « ajouter un zéro ». C’est faire avancer chaque chiffre d’un rang vers la gauche : dans 34 × 10 = 340, les 3 dizaines deviennent 3 centaines et les 4 unités deviennent 4 dizaines ; le 0 marque seulement la place des unités, désormais vide. Avec les nombres entiers, la règle du zéro donne le bon résultat, mais elle ne marche plus avec les décimaux : 2,5 × 10 ne fait pas 2,50 (qui vaut toujours 2,5), mais 25. Diviser par 10, c’est l’inverse : chaque chiffre recule d’un rang vers la droite, et 36 ÷ 10 = 3,6.
Au CM1, on multiplie les entiers par 10, 100 et 1 000, et l’on multiplie ou divise les décimaux par 10 ; au CM2, les décimaux passent aussi par 100 et 1 000. Associé aux tables, ce procédé ouvre la porte à beaucoup de calculs. Dès le CE2, multiplier par 40, c’est multiplier par 4 puis par 10 : 6 × 40 = 24 × 10 = 240. Au CM2, pour 30 × 400, on calcule 3 × 4 = 12, puis on multiplie par 10 et par 100 : 12 000.
8. Multiplier par 4, par 8, par 5 ou par 50
Par 4, on prend le double du double : 17 × 4, c’est le double de 34, soit 68. Par 8, on double trois fois : le double de 6 est 12, celui de 12 est 24, celui de 24 est 48, donc 6 × 8 = 48. Au CM2, on fait le chemin inverse pour diviser : diviser par 4, c’est prendre la moitié de la moitié, et 84 ÷ 4 = 42 ÷ 2 = 21.
Par 5, on multiplie par 10, puis on prend la moitié, puisque 5 est la moitié de 10 : 46 × 5 = 460 ÷ 2 = 230. Par 50, on multiplie par 100 et on prend la moitié : 18 × 50 = 1 800 ÷ 2 = 900. Au CM2, cela marche aussi avec les décimaux : 4,6 × 5 = 46 ÷ 2 = 23, et 2,4 × 50 = 240 ÷ 2 = 120.
On peut aussi prendre la moitié d’un facteur et le double de l’autre, car le produit ne change pas : 16 × 25 = 8 × 50 = 4 × 100 = 400.
9. Décomposer un produit
Pour 7 × 23, on décompose 23 en 20 + 3 : 7 × 20 = 140, 7 × 3 = 21, et 140 + 21 = 161. Le nom savant de ce procédé est la distributivité ; le programme de CM1 demande de l’utiliser dans des cas simples. Un enfant peut très bien s’en servir sans connaître le mot.
C’est aussi la distributivité qui explique les « trucs » des tables de 9 et de 11. 9 × 7, c’est 10 × 7 moins une fois 7 : 70 − 7 = 63. 11 × 14, c’est 10 × 14 plus une fois 14 : 140 + 14 = 154. À l’école, les tables s’arrêtent à 10 × 10 : la table de 11 ne s’apprend pas par cœur, elle se calcule de cette façon. Les adultes peuvent pousser l’idée plus loin : 99 × 6 = 600 − 6 = 594.
10. Vérifier : ordre de grandeur, pair ou impair, dernier chiffre
Quand ils résolvent un problème, les élèves apprennent à se demander à la fin si leur réponse est vraisemblable. Trois réflexes les aident. L’ordre de grandeur : 398 + 207, c’est environ 400 + 200 = 600, donc 1 005 est forcément faux (le résultat exact est 605). La parité : la somme de deux nombres impairs est toujours paire, et dès qu’un facteur est pair, le produit est pair ; 6 × 13 ne peut donc pas faire 79 (c’est 78). Le dernier chiffre : celui d’une somme ne dépend que des derniers chiffres des termes. 47 + 38 se termine forcément par 5, puisque 7 + 8 = 15 : 84 est faux, la réponse est 85.
Ces vérifications ne donnent pas la réponse, mais elles permettent souvent de repérer tout de suite une réponse fausse. Au CM1, le dernier chiffre sert aussi pour les critères de divisibilité : un nombre est divisible par 2 s’il se termine par 0, 2, 4, 6 ou 8, par 5 s’il se termine par 0 ou 5, et par 10 s’il se termine par 0.
En quelle classe ?
Ce tableau indique la classe où chaque procédé apparaît dans les programmes actuels. Chacun continue ensuite de servir, avec des nombres de plus en plus grands.
| Procédé | Quand il apparaît |
|---|---|
| Passer par la dizaine | CP, avec les nombres jusqu’à 100 ; jusqu’à 1 000 au CE1 |
| Décomposer | CP, pour additionner deux nombres inférieurs à 100 ; prolongé au CE1 |
| Presque-doubles | CP, dès que les doubles des nombres de 1 à 10 sont connus |
| Arrondir puis compenser | + 9 au CP ; ± 8, 9, 18, 19, 28, 29, 38, 39 au CM1 ; jusqu’à 98 et 99 au CM2 |
| Avancer pour soustraire | CP, avec les compléments à la dizaine et les calculs à trou ; rendre la monnaie au CE2 |
| Doubles et moitiés | CP ; moitiés des nombres impairs et des décimaux au CM2 |
| × 10, 100, 1 000 | × 40 = × 4 × 10 au CE2 ; entiers au CM1 ; décimaux au CM1 (× 10, ÷ 10) et au CM2 |
| × 4, × 8, × 5, × 50 | × 4, × 8 et × 5 au CM1 ; × 5 et × 50 avec les décimaux, ÷ 4 et ÷ 8 au CM2 |
| Décomposer un produit | CM1, dans des cas simples |
| Vérifier | Dès le CP, quand on contrôle la réponse d’un problème ; nombres pairs (multiples de 2) au CE2 ; critères de divisibilité au CM1 |
Tout réunir : un défi en alvéoles
Les grilles de Beequation font travailler plusieurs de ces procédés à la fois. Dans chaque grille en alvéoles, un nombre est la somme de deux autres ; pour le trouver vite, on regarde les derniers chiffres, on pense pair et impair, et on passe par la dizaine presque sans y penser. À vous de jouer :
Le défi d’IndieIndie a rangé cinq nombres dans ses alvéoles : 48, 29, 77, 36 et 54. L’un d’eux est la somme de deux autres. Lequel ? Voir la réponse
C’est 77, car 48 + 29 = 77. Pour le trouver, on essaie d’abord le plus grand, 77. Il est impair, donc c’est la somme d’un nombre pair et d’un nombre impair, et le seul autre nombre impair est 29 (48, 36 et 54 sont pairs). Le dernier chiffre le confirme : 77 se termine par 7, et parmi les derniers chiffres des autres nombres (8, 9, 6 et 4), seul 8 + 9 = 17 donne un résultat qui finit par 7. Vérification en arrondissant : 48 + 30 = 78, et 78 − 1 = 77.
Réponses rapides
Tout dépend des nombres. Pour 47 + 9, le plus confortable est d’arrondir puis de compenser ; pour 62 − 38, d’avancer de 38 à 62 ; pour 7 + 8, de s’appuyer sur les presque-doubles. D’où l’intérêt d’en connaître plusieurs, et de prendre l’habitude de regarder les nombres avant de se lancer.
Les deux vont ensemble. L’opération posée sert pour les grands nombres, mais chaque colonne est un petit calcul mental, et les programmes demandent aux élèves de préférer le calcul mental chaque fois qu’il est raisonnable : 1 000 − 998, c’est 2, sans rien poser. Une estimation de tête permet aussi de vérifier qu’un résultat posé est plausible.
Demandez à l’enseignant ou à l’enseignante quels procédés la classe travaille en ce moment, et appuyez-vous sur eux. Si votre enfant explique son chemin et qu’il fonctionne, laissez-le s’en servir. Notre guide comment on enseigne les maths aujourd’hui fait le point sur les méthodes de l’école.
Oui, ce sont exactement les mêmes. Quelques minutes par jour aident à garder l’esprit vif avec les nombres ; pour le faire en jouant, découvrez notre défi de calcul mental quotidien pour les adultes.
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