Apprendre › Parents › L’angoisse des maths
Pour les parents
Aider un enfant qui dit « Je suis nul en maths »
« Je suis nulle en maths. » « Je n’ai pas la bosse des maths. » « Je déteste les calculs. » Entendre son enfant dire cela serre le cœur, surtout si l’on a ressenti la même chose à son âge. Bonne nouvelle : le rapport d’un enfant aux maths peut changer, et les adultes qui l’entourent ont un vrai rôle à jouer. Ce guide explique à quoi ressemble l’angoisse des maths et ce que vous pouvez faire à la maison.
Qu’est-ce que l’anxiété mathématique ?
L’anxiété mathématique, qu’on appelle aussi l’angoisse des maths, est un sentiment d’inquiétude, de panique ou de blocage face aux maths. Ce n’est pas la même chose que trouver les maths difficiles : des enfants tout à fait capables peuvent être anxieux, et c’est l’inquiétude elle-même qui les freine. Quand un enfant panique, il a beaucoup plus de mal à retrouver un résultat ou à réfléchir à un problème, ce qui semble lui prouver qu’il est « nul ». Tout l’enjeu est de briser ce cercle.
Les signes à repérer
- Dire « J’y arrive pas » avant même d’avoir essayé, ou abandonner très vite.
- Des maux de ventre, des larmes ou des colères au moment des devoirs de maths, ou les jours d’évaluation en classe.
- Bâcler les exercices pour en être débarrassé, ou répondre au hasard.
- Rester bloqué sur des calculs qu’il connaît d’habitude, surtout quand il faut aller vite.
- L’évitement : le fichier de maths « oublié » à l’école, ou une soudaine envie d’aller aux toilettes au moment de s’y mettre.
- Se comparer aux autres : « Tout le monde avait fini bien avant moi. »
Tout enfant peut avoir un mauvais jour. C’est quand ces signes reviennent régulièrement qu’il est temps d’agir.
Ce que dit l’école : la confiance avant la vitesse
Du CP au CE2, le programme demande du calcul mental tous les jours, avec de courts tests en temps limité qui mesurent la « fluence en calcul » : par exemple, le nombre de résultats qu’un élève retrouve en une minute. D’après le texte officiel, cette mesure permet aussi à chaque élève de prendre conscience de ses propres progrès.
Le programme de mathématiques du cycle 2 reconnaît lui-même que ces exercices peuvent impressionner. En septembre 2023, les évaluations Repères passées à l’entrée au CM1 ont révélé de très grands écarts de fluence en calcul mental entre les filles et les garçons, au détriment des filles. Le texte y voit l’effet d’un manque de confiance des filles en elles-mêmes et du stress de devoir répondre en très peu de temps. La réponse du programme : entraîner régulièrement les élèves à ces petits tests, pour qu’ils deviennent une routine qui ne fait plus peur, et valoriser les progrès de chacun afin de renforcer la confiance en soi.
À la maison, suivez la même logique : la vitesse vient avec l’assurance, pas l’inverse.
Changer les mots : « pas encore »
Beaucoup d’enfants pensent qu’être bon en maths est un don : on a « la bosse des maths » ou on ne l’a pas. L’école s’efforce de remplacer cette idée par une autre : tout le monde progresse en s’entraînant, et avoir du mal fait partie de l’apprentissage. Ce n’est pas la preuve qu’on n’y arrivera jamais.
Vos mots peuvent aller dans le même sens. Essayez d’ajouter « pas encore » :
- « Je ne sais pas faire les fractions » devient « Je ne sais pas encore faire les fractions. »
- « Je ne connais pas ma table de 7 » devient « Je ne la connais pas encore, mais je connais déjà celles de 2, de 5 et de 10. »
D’autres phrases qui aident :
- « C’est difficile ? C’est justement en cherchant que le cerveau se muscle. »
- « Qu’est-ce que tu arrives déjà à faire, là-dedans ? »
- « Une erreur, ça sert à savoir ce qu’il reste à travailler. »
- « Tu te souviens quand les compléments à 10 te paraissaient impossibles ? Maintenant, tu les connais par cœur. »
Et quelques-unes à éviter, même dites avec gentillesse : « Ne t’inquiète pas, dans la famille, on n’a jamais été doués en maths », « Allez, celui-là n’est pas difficile » (s’il n’est pas difficile et qu’il n’y arrive pas, que doit-il en conclure ?) et « Dépêche-toi ».
Affichez sur le frigo une liste « Ce que je sais faire maintenant ». Chaque fois que votre enfant réussit quelque chose qui lui posait problème, notez-le avec la date. Le jour où il vous dit « Je suis nul en maths », relisez la liste ensemble.
Et vous, quel souvenir gardez-vous des maths ?
Beaucoup d’adultes sont mal à l’aise avec les maths, souvent à cause de souvenirs d’école pénibles : une interrogation au tableau, une copie couverte de rouge. Il n’y a aucune honte à cela, mais les enfants captent beaucoup de choses dans nos paroles et nos réactions. S’il entend « Moi non plus, je n’ai jamais été bon en maths », votre enfant risque de conclure que c’est de famille et qu’il ne sert à rien d’essayer.
- Surveillez vos phrases. Remplacez « Je suis nul en maths » par « Les maths, c’était difficile pour moi à l’école, mais je continue d’apprendre. »
- Montrez que vous vous servez des maths, et qu’on a le droit de prendre son temps : « Attends, je réfléchis. Il nous faut 3 paquets de 4 yaourts, donc ça fait 12. »
- Cherchez ensemble. « Je ne sais pas trop. On essaie de trouver ? » : voilà une phrase précieuse à entendre pour un enfant.
- Reprenez confiance, vous aussi. Notre guide sur la façon dont on enseigne les maths aujourd’hui explique les méthodes de votre enfant (soustraction par cassage, schéma en barre…), et un petit casse-tête quotidien pour adultes peut rendre les nombres plus sympathiques.
S’entraîner sans pression, en jouant
Un enfant anxieux a besoin de beaucoup de maths qui ne ressemblent pas à une évaluation : pas de chronomètre, pas de note, pas de public. Le but est que les maths redeviennent un terrain sûr, et même amusant.
- Les jeux de société et de cartes. Le jeu de l’oie, les petits chevaux, les dominos, la bataille, le Uno ou le Mille Bornes font compter et calculer sans que personne ne parle de maths.
- Les jeux de dés. Lancez deux dés et additionnez-les : le premier qui atteint 50 a gagné. Pour les plus grands, on multiplie les deux dés et on vise 100.
- Laissez-le jouer à la maîtresse ou au maître. Demandez-lui de vous expliquer ce qu’il a appris en classe. Expliquer, ce n’est pas du tout la même chose qu’être interrogé.
- Les maths du quotidien. Cuisiner, faire les courses, préparer un trajet : les nombres servent alors à quelque chose. Notre page Les maths au quotidien propose 38 idées.
- Commencez par une réussite. Partez de ce qu’il sait déjà faire, puis ajoutez un petit pas.
- Laissez le chronomètre de côté au début. En classe, les tests en temps limité font partie de la routine ; à la maison, inutile d’en rajouter tant que votre enfant manque d’assurance. Plus tard, il pourra s’amuser à battre son propre record, jamais celui des autres.
Les casse-têtes aident aussi, à condition de ne pas exiger qu’ils soient terminés. Rester bloqué sur une énigme puis voir soudain la solution, c’est l’une des plus belles sensations des maths.
Quand en parler à l’enseignant
Vous pouvez toujours demander un rendez-vous à la maîtresse ou au maître de votre enfant, par un mot dans le cahier de liaison. C’est particulièrement utile si :
- l’inquiétude dure depuis plusieurs semaines, ou s’aggrave ;
- votre enfant a mal au ventre le matin avant l’école, ou ne veut plus y aller ;
- les devoirs finissent régulièrement en larmes, même quand vous faites court ;
- vous pensez que votre enfant a du mal avec les maths elles-mêmes, et pas seulement avec ce qu’il ressent.
L’enseignant voit souvent votre enfant sous un autre jour et peut vous dire comment se passent les séances. Il peut aussi proposer un coup de pouce, par exemple en petit groupe pendant les APC (activités pédagogiques complémentaires).
Un petit nombre d’enfants ont une dyscalculie, un trouble durable et spécifique de la compréhension des nombres et du calcul. Si votre enfant a toujours beaucoup de mal avec le sens des nombres malgré une aide régulière, parlez-en à l’enseignant et à votre médecin : ils pourront vous orienter vers un bilan, souvent réalisé par un orthophoniste. L’école peut aussi faire appel au RASED, le réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté.
Réponses rapides
Non. Des enfants de tous niveaux peuvent être anxieux face aux maths. L’inquiétude empêche de bien réfléchir, si bien qu’un enfant anxieux réussit souvent moins bien qu’il ne le pourrait.
Arrêtez pour ce soir-là, et prévenez l’enseignant par un petit mot dans le cahier de liaison. Voyez ensuite avec lui comment rendre les devoirs plus faciles à vivre.
Non. Ces évaluations, passées du CP au CM2 (avec un point d’étape en janvier au CP), aident l’enseignant à savoir où en est chaque élève : rien à réviser, rien à réussir ou à rater. Si votre enfant s’en inquiète, rassurez-le sur ce point. Tout est expliqué dans Les évaluations expliquées.
Oui. Avec un soutien calme, beaucoup de petites réussites et des mots encourageants à la maison comme à l’école, la plupart des enfants reprennent nettement confiance.
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