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Pour les enseignants

Différencier en maths

Dans ma ruche, toutes les abeilles travaillent sur le même rayon de miel, mais chacune à son poste. Une séance de maths peut marcher de la même façon : une seule tâche, et mille manières de s’y attaquer !

Différencier, c’est faire en sorte que chaque élève apprenne vraiment pendant la séance : ceux qui peinent reçoivent l’aide dont ils ont besoin, ceux pour qui tout va vite sont poussés plus loin. Longtemps, en maths, cela a voulu dire une fiche par groupe de niveau. Aujourd’hui, on cherche plutôt à faire avancer toute la classe sur la même notion, en prévoyant l’aide et le défi dans la même séance, et les nouveaux programmes vont dans ce sens.

Ce guide montre comment s’y prendre, du CP au CM2, avec des idées utilisables dès demain.

Garder toute la classe ensemble

Le programme du cycle 2 demande d’aborder dès le début de l’année les notions de la classe, « sans proposer de séquences qui seraient uniquement consacrées à la révision de notions relevant des années précédentes ». Les révisions se font « au fur et à mesure des séquences, et uniquement avec les élèves qui en ont besoin ». Le but : laisser à tous, et d’abord aux plus fragiles, le temps d’acquérir les notions centrales (c’est pourquoi la centaine est abordée dès la première période du CE1). Pour la différenciation, cela veut dire adapter le chemin, pas l’objectif.

En pratique :

Manipuler, représenter, verbaliser… puis se passer du matériel

Les programmes décrivent un passage progressif du concret à l’abstrait : manipuler des objets, les représenter par un schéma, puis passer au langage mathématique, en verbalisant à chaque étape. Le matériel utile est déjà dans la plupart des classes :

Le programme insiste sur deux points. La manipulation est un étayage, mais « l’objectif final est de s’en abstraire » : pour un problème donné, certains élèves n’en ont pas besoin, et « il convient de ne pas la leur imposer », alors qu’un problème plus complexe peut les y ramener. Et réussir une manipulation ne prouve pas qu’on a compris : c’est la verbalisation qui fait le lien. Au CE2 puis au cours moyen, seuls ceux qui en ont besoin manipulent encore, mais tous peuvent s’appuyer sur des schémas.

Le matériel n’est pas réservé aux élèves en difficulté. Demandez à un élève à l’aise de montrer 52 − 38 avec le matériel multibase. Il doit casser une des 5 dizaines pour avoir 12 unités, puis enlever 3 dizaines et 8 unités ; il reste 1 dizaine et 4 unités, soit 14. L’exercice révèle parfois qu’il connaît les étapes de la soustraction posée sans savoir pourquoi elles marchent.

L’astuce d’Indie

Mettez le même matériel à portée de main de tous, à chaque séance, et servez-vous-en vous-même au tableau. Quand les cubes et les bûchettes sont une façon normale de réfléchir dans la classe, ceux qui en ont besoin les prennent sans se sentir montrés du doigt, et les autres s’en passent d’eux-mêmes.

Des tâches à plancher bas et plafond haut

Une tâche à plancher bas et plafond haut est à la portée de tous au départ, mais elle peut mener très loin : toute la classe cherche le même problème, et chacun va aussi loin qu’il le peut.

Grand nombre Petit nombre 20 en tout ? 4 ?
« Somme 20, différence 4 » en schéma avec deux barres. Si l’on retire les 4 qui dépassent, il reste deux barres égales : 20 − 4 = 16, et la moitié de 16 est 8. Le petit nombre est 8, le grand 8 + 4 = 12.

Des étayages qui s’effacent

Un étayage est une aide provisoire qui permet à un élève de réussir ce qu’il ne sait pas encore faire seul. Il est fait pour être retiré. En maths, les plus utiles sont :

Décidez à l’avance quand chaque aide disparaîtra (après trois exercices, après une vérification sur l’ardoise, à la séance suivante) ; sinon, elle devient vite une béquille.

Des cartes défi pour approfondir

Une carte défi creuse la même notion au lieu de passer à la suivante. Quelques consignes générales, à piocher selon la séance :

Par exemple, pour une séance sur l’addition au CE1 : « Avec les chiffres 2, 3, 4 et 5, utilisés une fois chacun, forme deux nombres à deux chiffres. Quelle est la plus grande somme possible ? Et la plus petite ? » La plus grande est 95 (par exemple 53 + 42), car le 5 et le 4 doivent être aux dizaines. La plus petite est 59 (par exemple 24 + 35), avec le 2 et le 3 aux dizaines. Remarquer que les mêmes chiffres des dizaines donnent toujours la même somme, c’est raisonner sur la numération, pas seulement calculer.

Les classes à double niveau

Dans une classe à double niveau, la différenciation fait partie du quotidien. Quelques pistes :

Des énigmes pour ceux qui ont fini

Le travail des élèves qui ont fini doit en valoir la peine, pas être « encore la même chose ». Les énigmes font travailler les faits numériques tout en faisant réfléchir.

Questions rapides

Faut-il encore faire des groupes de niveau ?

Au cycle 2, le programme demande d’aborder les notions de l’année avec toute la classe dès la rentrée, et de réserver les révisions aux élèves qui en ont besoin. Cela pousse vers des groupes souples, formés pour une notion, puis défaits : un élève qui peine sur les fractions peut être très à l’aise en géométrie.

Comment aider un élève qui a beaucoup de retard ?

Appuyez-vous sur le matériel, gardez autant que possible la même notion que le reste de la classe, et prévoyez de courts temps de reprise, en APC par exemple, pour les faits numériques qui lui manquent. Parlez-en aussi en équipe et, si besoin, avec le RASED. Nos guides par classe aident à repérer les lacunes des années précédentes.

Les évaluations Repères aident-elles à différencier ?

Oui. Passées en septembre, du CP au CM2, elles montrent ce qui est resté de l’année précédente, et les résultats reviennent vite à l’enseignant. Avec vos évaluations courtes, elles aident à savoir qui a besoin de quoi dès les premières semaines (voir les évaluations nationales).

Le matériel, ce n’est pas trop « bébé » au CM1 et au CM2 ?

Non. Au cours moyen, seuls ceux qui en ont besoin continuent à manipuler, mais les schémas restent utiles à tous. Si vous vous servez vous-même du matériel multibase ou des bandes de fractions pour expliquer, les grands le verront comme un outil, pas comme un jouet.

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